News 13/09

RÉFLEXION SUR LA RÉÉDUCATION ET L'ENTRAÎNEMENT SUITE À LA LECTURE DE L'INTERVIEW DE ROGER BAMBUCK DANS L'ÉQUIPE MAGAZINE DE CE 13/08/2016.

Ce matin j'ai lu une interview de Roger Bambuck qui reste le meilleur français de l'histoire olympique sur 100m.

Voici trois extraits qui m'interpellent:
"Les américains progresseront toujours plus vite, car ils ne sont pas attachés à une espèce d'académisme."
"Regardez la puissance de Bob Hayes (champion olympique en 1964) et la légèreté de Jim Hines (vainqueur en 1968), ce sont deux propositions différentes."
"Par exemple, pour savoir à quel type de sprinter on avait à faire, on écoutait. Il y avait ce qu'il faisait du bruit et qu'on entendait venir à 3 km et, au contraire, ceux qui arrivaient tels des félins très silencieux."

Il explique dans cet interview que si Bolt avait été français, il aurait joué au basket... J'ai envie de dire que le raisonnement serait le même s'il avait été belge... Cela fait maintenant quelques années que je travaille comme kinésithérapeute du sport et préparateur physique dans le haut niveau belge.

En Belgique, nous avons une sérieuse tendance à respecter des protocoles stricts et à refaire ce qui a déjà été fait. Les étudiants que j'ai en stage sont les premiers à rechercher ce que j'appelle des recettes de cuisine. Pour telle pathologie, on réalise tel traitement! Tout le monde est d'accord pour dire qu'une main de tennisman ne se rééduque pas de la même manière que celle d'un rugbyman. Mais devons nous rééduquer toutes les mains de rugbymen de la même manière?
Et puis il y a les vieilles croyances...
Est-il normal en 2016 de devoir encore se battre pour protéger un plancher pelvien? Pourquoi le crunch n'a-t-il pas encore disparu des séances? Pourquoi les protocoles excentriques ne sont-ils pas présent partout en prévention des lésions myo-aponévrotique? Pourquoi faut-il à tout prix stopper une réaction inflammatoire alors qu'elle est nécessaire à une bonne cicatrisation? Pourquoi y a-t-il encore tellement de débats sur les étirements?
Pour moi, c'est cela l'académisme...

Nous avons de magnifiques médailles aux jeux de Rio, preuve que la tendance n'est pas tout à fait générale! Et heureusement! Il existe toujours des professionnels qui cherchent et se remettent en cause perpétuellement. Ce sont des modèles, je les respecte et les admire.

Quand j'ai lu l'interview de Roger Bambuck, je me suis dit que certains avaient déjà compris beaucoup de choses il y a 50 ans. Cyril Gindre nous explique dans ses articles scientifiques les nombreuses différences entre les coureurs terriens et aériens (site internet de Volodalen) Il tient le même discours que Bambuck il y a 50 ans. Le premier observait, le deuxième explique scientifiquement.
Le terrien est puissant, l'aérien est léger.
Le terrien préfère un mode de contraction concentrique, l'aérien préfère un mode excentrique.
Je pourrais continuer une longue liste de différences mais ce n'est pas l'objectif de ce sujet.

Ce qui est important, c'est de pouvoir comprendre les différences de chacun. Nous sommes tous différents, soit terrien, soit aérien. Ces différences sont nos forces! A chacun sa manière de fonctionner, à chacun sa manière de bouger! Si l'on décide de respecter ces "différences", on peut alors parler de préférences! Et c'est en respectant ces préférences que l'on pourra devenir performant! Et s'il existe des préférences motrices, il en existe aussi au niveau psychologique ou alimentaire.

Il existe encore trop de croyances néfastes à l'entraînement dans le sport. Il faut à la fois continuer à les faire disparaître et à la fois faire évoluer les entraînements et la rééducation vers toujours plus d'individualisation en respectant non pas des protocoles pré établis mais les préférences propres à chaque athlète.

C'est mon quotidien à ce jour. Je ne me lasserai jamais de toujours plus comprendre le sportif pour pouvoir mieux le respecter dans sa préparation et son entrainement.
J'espère continuer à pouvoir travailler avec des staffs ayant cet ouverture d'esprit car c'est dans ce cadre là que je peux exploiter au maximum mes compétences.